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A l’Est, beaucoup de nouveautés numériques.

L’Estonie est une terre d’innovations numériques. C’est presque un lieu commun de le rappeler, mais cela fait maintenant plus de vingt ans que ce petit État balte, anciennement soviétique, a amorcé son virage numérique. Par exemple, dès 2000, la Constitution estonienne prévoit que l’accès à Internet est un droit fondamental. La Constitution de 1958, dont on vient de célébrer le sexagénaire, n’est pas aussi explicite dans sa lettre, mais peut-être l’actualisation viendra avec la révision.

L’audace estonienne en matière de numérique, et surtout, de numérisation des services publics est inspirante. Comme le soulignent Violaine CHAMPETIER DE RIBES et Jean SPIRI, les auteurs de l’essai « Demain, tous estoniens ? » ; les services numériques ont été conçus à partir des besoins et des attentes des citoyens. Par exemple, depuis 2006, le dossier médical numérique est généralisé – ce qui permet aux nouveau-nés d’être enregistrés automatiquement sans passage par les services municipaux ! De même, le partage des données entre administrations permet également de réduire drastiquement le non-recours aux prestations sociales – qui est un sujet-clé pour la cohésion sociale.

La matrice technique de l’Estonie s’appelle « X Road » qui permet aux citoyens de se connecter avec leur carte d’identité et un mot de passe à l’intégralité des services publics. Ce qui implique que les administrations échangent leurs données constamment. Encore mieux qu’un compte unique : c’est une logique d’interrogation à distance, pas besoin de rentrer soi-même les données ni de joindre un PDF. Il est ainsi possible de créer une entreprise… en quelques minutes.

Cela n’aurait pas été possible sans une politique de formation aux outils numériques des citoyens, notamment les plus éloignés des écrans – comme les seniors – afin de faire de ce modèle, un modèle purement inclusif. Cela passe également par une politique exigeante de protection des données – qui est le corrolaire indispensable – du développement de cet État-plateforme. Cette sécurité se retrouve dans le nombre limité de plaintes pour abus – 700 par an – pour 500 millions de requêtes sur les données.

Je suis très inspiré par l’agilité du système estonien à travers une approche itérative « test and learn » . Concrètement, si le service numérique mis en place par les pouvoirs publics est sous-utilisé par les citoyens, il est abandonné au profit d’une nouvelle version. Cette dextérité numérique – si elle est en cours de progression au cœur de l’État – notamment grâce au travail pionnier d’Henri VERDIER, le directeur interministériel du numérique et des système d’information de l’État (DINSIC), elle n’est pas encore la norme dans tous les services publics, nationaux et locaux.

Notre culture administrative aurait plutôt tendance à vouloir adapter le citoyen aux procédures plutôt que l’inverse. Nous avons fait de récents progrès avec le projet de loi « droit à l’erreur », promulgué cet été, qui permet le développement des échanges de données entre administration.

Les GAFA ont percuté notre mode de vie, mais également notre manière de concevoir, de délivrer, d’expliquer, d’évaluer les services de proximité. Nous, responsables publics, avons beaucoup de choses à apprendre de ces entreprises qui ont révolutionné en un temps record des modes, des méthodes de travail, des institutions séculaires. Mais, nous devons faire des enjeux numériques des questions politiques à part entière avec les citoyens, les services administratifs, les acteurs économiques. C’est ce que l’Estonie a fait – ce n’est pas une privatisation des services publics, c’est une assimilation rapide, agile et démocratique des outils numériques pour en faire des leviers de politique publique sous la supervision de l’État.

Un modèle n’est jamais un calque, mais c’est un horizon démocratique à explorer dans un monde qui ne sera certainement pas moins numérique demain et pour répondre au défi de service public de qualité dans de nos villes toujours plus denses.

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