Culture Fabrique

La ville et les artistes

cirqueélectrique3Octobre a été riche pour l’innovation culturelle dans le 20ème arrondissement : la subvention pour l’installation de la Dalle aux chaps (associant le cirque électrique au cirque du samovar) à la Porte des Lilas est votée, le collectif Curry Vavart – Gros Belec s’installe provisoirement rue des Maraîchers et la Maison des pratiques amateurs du 20ème arrondissement a ouvert rue Saint-Blaise. De ces nouveautés, nous attendons qu’elles irriguent le dynamisme culturel de nos quartiers, qu’elles apportent un peu de bonheur et de découvertes, qu’elles changent, à leur niveau, la ville et la vie.

Ces trois événements semblent a priori avoir peu de rapports entre eux : un espace – ressources dédié au cirque se développe (avec un espace école, un espace pour la diffusion, des festivals, des ateliers, etc.) ; des plasticiens et des compagnies de spectacle vivant sont autorisés à occuper temporairement un lieu ayant vocation à être démoli, dans une optique de mutualisation ; une structure dépendant de la maison des pratiques amateurs parisienne ouvre pour favoriser l’accès du plus grand nombre à une pratique artistique. Pourtant derrière les différentes catégories ou définitions (équipement public, bail temporaire de locaux vacants, lieu associatif de diffusion…) se cache une même volonté d’instaurer un rapport différent entre l’art et la ville, dans une démarche d’innovation culturelle.

Dans les trois cas, il s’agit bien d’articuler l’évolution urbaine avec le renouvellement de l’idée de lieu de culture – ou d’espaces dévolus à l’art. Ces projets s’appuient tous sur le principe de mutualisation d’espaces, de partage, de transmission. Nous le verrons aussi prochainement avec le parcours artistique du tramway.

La Porte des Lilas, typique des espaces urbains délaissés, minéraux, inhumains, a connu une reconfiguration complète grâce à la couverture du périphérique, qui a permis, notamment, l’implantation d’un jardin. Y installer un cirque (avec un cinéma – le deuxième seulement du 20ème arrondissement, lui qui en a connu près d’une centaine jusqu’aux années 1970) est emblématique : lieu de rassemblement, le cirque est à l’image du trait d’union avec la petite couronne que représente la transformation urbaine ici opérée. Le rond du cercle comme le rond de l’anneau recouvert, une image un peu facile, peut-être, mais inévitable. Tout autre équipement culturel irait ici moins bien. Le parquet de bal est marquant, lui aussi pour fêter une réconciliation, encore incomplète, avec nos voisins. Dans ce même esprit, avec l’appui de la Ville de Paris, le 20ème peut développer des co-résidences artistique en partenariat avec la ville de Bagnolet, autour de l’Ensemble Orchestral de Paris (rebaptisé orchestre de chambre de Paris) ou de notre festival annuel dédié à la performance dans l’espace public. Nous sommes heureux de contribuer à reconnaître pleinement la place des circassiens en élaborant un espace-ressources qui aille au-delà de la représentation de spectacles (formation professionnelle et amateur, pour les jeunes et les moins jeunes, cartes blanches aux créateurs, rencontres autour des chapiteaux, etc.). Nous espérons que les ateliers pour les enfants rencontreront un plein succès.

Le lien se fait donc aisément avec l’ouverture de la maison des pratiques amateurs – sans doute faudra-t-il trouver un meilleur nom – dans l’ancienne bibliothèque municipale Saint-Blaise : encore une fois, un nouvel équipement arrive dans un quartier en pleine révolution urbaine, et d’un type nouveau, pour remplacer un équipement plus classique – une bibliothèque, certes toujours indispensable, mais que l’ouverture de l’immense médiathèque Marguerite Duras, à deux pas, avait rendu superfétatoire. C’est une fierté que d’accueillir la première maison ainsi déconcentrée dans le 20ème : l’épanouissement individuel par la pratique artistique, angle mort de la politique culturelle nationale, est au cœur de notre ambition. L’attitude face à l’art ne saurait rester purement passive, ou pire consommatrice : celles et ceux qui veulent exercer, s’exercer, apprendre, doivent aussi pouvoir le faire dans des lieux appropriés. C’est désormais chose faite pour le théâtre, la poésie et les arts du récit dans le 20ème ! Sans doute le pilotage de la gestion des créneaux s’affinera-t-il avec le temps, peut-être des ajustements seront-ils inévitables, mais je suis persuadé qu’une nouvelle ruche culturelle vient de naître dans notre arrondissement : que mille abeilles bourdonnent !

Aux côtés des équipements culturels, des espaces moins stables, plus flous, plus expérimentaux sont également nécessaires – mais ils interrogent la ville de la même façon. C’est un sujet épineux que j’ai eu l’occasion d’aborder lors de la table ronde « Projets mobiles & Espace public, vers une nouvelle Fabrique de Culture » (semaine de la technoparade) le 14 septembre à la Gaîté lyrique. Il faudra y consacrer un article. Je signale juste que le vœu que j’avais proposé, et qui avait été adopté par le conseil d’arrondissement et le Conseil de Paris en octobre 2009, commence à porter ses premiers fruits. L’idée est de sortir de la logique habituelle des squats pour décider d’installer de façon volontariste des collectifs (plasticiens et/ou compagnies de spectacle vivant) dans des locaux provisoirement inaffectés (en attente de travaux), afin de les mettre à disposition ensuite du plus grand nombre possible (ce qui implique une logistique d’inscription, de sélection, de critères complexe et fine). La première expérience démarre donc rue des Maraîchers, dans un espace qui n’était pas squatté au départ, et cette précision est d’importance. Cela évite de laisser des surfaces inoccupées dans une ville qui en manque tant, cela économise de stupides dépenses de gardiennage, cela soutient des initiatives d’utilisation non privative des espaces, mais au contraire mutualisant les ressources (construction et partage de décors, ateliers en commun, etc.), en respectant les conditions de sécurité. Les lieux n’accueillent pas de public (seulement les artistes au travail), restent rudimentaires et brut de décoffrage (pas d’investissements somptueux avant démolition), ne sont à disposition que pour de (trop) courtes périodes. Pour savoir si cela fonctionne, il faut un peu de recul – et d’autres lieux du même type. Et pour que les habitants, riverains comme public plus éloigné, s’approprient un tel lieu, novateur, intriguant, inhabituel, les artistes accueillis doivent être prêts à travailler dans l’espace public, dans les écoles ou collèges avoisinants, les centres sociaux, les centres d’animation, sortir du lieu pour sortir d’eux-mêmes, comme nous le faisons quand nous lisons, écoutons de la musique, assistons à un spectacle, visitons une exposition.

La diversification des formes artistiques soutenues, l’encouragement à la pratique personnelle, la place reconnue pour les collectifs dans la ville constituent, avec le déploiement esthétique dans un espace public partagé, les fils rouges de l’innovation culturelle que le 20ème peut porter. « Le cirque, c’est un rond de paradis dans un monde dur et dément » disait Annie Fratellini qui fut une superbe héroïne de Fellini. Nous avons souhaité dessiner trois ronds, de la Porte des Lilas à la rue des Maraîchers en passant par Saint-Blaise !

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